Dans la jungle des villes
Style et technique
Le style de Brecht dans « Dans la jungle des villes » se distingue par une concision tranchante et une distanciation assumée, chaque dialogue ressemblant à un duel où les mots deviennent des armes. La langue est d’une extrême densité, saturée de métaphores urbaines où la ville apparaît comme un organisme vivant et hostile, et les hommes comme ses prisonniers et adversaires. Brecht maîtrise l’art de l’éloignement : il brise l’illusion théâtrale, forçant le lecteur à prendre conscience de l’artificialité de l’action, ce qui se manifeste par des changements de scène abrupts, des didascalies laconiques et l’absence de psychologie détaillée. La structure du récit évoque une partie d’échecs — chaque épisode est un coup menant à l’inévitable affrontement. L’auteur évite délibérément la narration fluide, fragmente le texte en scènes courtes et tendues, où le conflit intérieur des personnages se révèle à travers leurs actes et leurs répliques. Les procédés littéraires de Brecht — ironie, grotesque, contraste, et une certaine poésie née de la rencontre entre prose et dramaturgie — créent une impression de lutte froide, presque mécanique, où sentiments et passions sont soumis aux lois de la ville-jungle, et où la réalité devient le terrain d’une expérience philosophique.
